
Imaginer la Bretagne touristique de 2040 suppose d’identifier dès aujourd’hui les forces qui transforment notre monde. Ce sont les facteurs de changement : évolutions environnementales, technologiques, économiques, sociétales ou (géo)politiques, qui agissent déjà ou qui pourraient profondément bouleverser nos territoires dans les années à venir.
Comprendre les forces qui transforment le tourisme breton
Quand on parle de “facteurs de changement”, de quoi parle-t-on exactement ?
Les facteurs de changement, ce sont les forces – environnementales, sociétales, économiques, technologiques ou politiques – qui transforment déjà nos vies et qui, d’ici 2040, peuvent modifier en profondeur la Bretagne et son tourisme.
Cela va de la montée du niveau de la mer à l’évolution de la population, de la tension énergétique à la digitalisation, ou encore des nouvelles attentes des visiteurs aux risques géopolitiques… 38 facteurs ont été identifiés, dont 12 prioritaires, jugés structurants pour le tourisme.
Les 12 facteurs prioritaires

Les facteurs de changement sont des effets en chaîne, parfois visibles, parfois invisibles, qui peuvent amplifier une tendance ou au contraire en atténuer une autre.
Stéphane Cévoz, Responsable Ti Hub de la Région Bretagne
Pourquoi ces facteurs sont-ils si importants pour réfléchir à l’avenir de la Bretagne touristique ?
Parce qu’ils influencent tout ce qui fait le tourisme : l’attractivité, les ressources, les mobilités, la qualité de vie, les attentes des visiteurs, les coûts pour les professionnels…
Par exemple, la tension sur l’eau et l’élévation du niveau de la mer peuvent redéfinir les usages du littoral et des activités touristiques ; l’évolution des mobilités peut redistribuer les flux ; la croissance démographique et la reconfiguration des foyers peuvent accentuer la pression foncière ; la transition énergétique peut bouleverser les coûts et les pratiques des professionnels…
Ce sont des forces profondes qui pèsent sur les territoires bretons. Les comprendre, c’est se donner les moyens de construire un futur choisi plutôt qu’un futur subi ; c’est comprendre les règles du jeu plausibles de 2040.
Mais ces facteurs n’interagissent-ils pas entre eux ?
En effet, aucun facteur n’agit seul : c’est tout l’enjeu de la systémie. Le territoire est un système vivant : tout s’influence, tout s’entraîne, rien n’évolue de manière isolée. Concrètement, cela signifie par exemple que :
- le climat influence la biodiversité, qui influence l’attractivité des sites naturels ;
- la tension énergétique impacte les mobilités, qui modifient les flux touristiques, qui affectent la pression sur les milieux ;
- l’évolution démographique accroît la demande en logement, renforçant la pression foncière sur certains territoires (le littoral notamment), ce qui modifie l’accès aux résidences principales mais aussi aux hébergements touristiques ou secondaires ;
- les modèles de consommation influencent les activités économiques, donc l’emploi, donc la capacité des territoires à accueillir visiteurs et habitants.
Ce sont des effets en chaîne, parfois visibles, parfois invisibles, qui peuvent amplifier une tendance ou au contraire en atténuer une autre.

Pour le tourisme breton, la systémie change tout :
- elle montre que les enjeux de ressource en eau, de mobilités ou de biodiversité ne sont pas des sujets séparés mais des questions totalement imbriquées ;
- elle souligne que la solution ne peut jamais venir d’un seul levier mais de combinaisons cohérentes ;
- elle permet d’anticiper des scénarios réalistes, car ils reposent sur la manière dont ces facteurs interagissent réellement dans la vie du territoire.
Ces imbrications nous obligent à penser autrement, à sortir des silos, à imaginer des solutions où tourisme, aménagement, économie locale, ressources naturelles et qualité de vie sont vus comme un même ensemble. C’est cette lecture systémique qui rend l’exercice Horizon 2040 si précieux.
En quoi cette approche change-t-elle notre manière d’imaginer le futur du tourisme ?
Avec cette approche, le tourisme n’est plus un secteur isolé, mais une partie intégrante du projet de territoire. Décider d’un aménagement, d’une politique de mobilité ou encore d’un modèle de développement touristique implique de prendre en compte ses répercussions sur l’énergie, l’eau, les milieux naturels, l’habitat, l’emploi, l’acceptabilité sociale…
La systémie nous donne les clés pour imaginer des futurs cohérents : des modèles plus sobres, plus intégrés, plus adaptés aux réalités de chaque territoire breton.
Stéphane Cévoz, Responsable Ti Hub de la Région Bretagne